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Contre la déchéance de nationalité

Histoire vraie. Deux minables petits loubards s’emmerdent dans un bar glauque à Roubaix. Pour tromper l’ennui, ils échafaudent à voix haute des projets d’attaques de commissariats, de casernes, de centrales nucléaires etc. Le tout avant de convenir qu’il faut qu’ils y réfléchissent sérieusement car ils n’ont évidemment pas le plus petit début de moyen ni de plan précis pour passer à l’acte. Rendez-vous est pris pour siffler quelques bières supplémentaires le lendemain. Surprise, le RAID, la BRI et le GIGN, prévenus par un indic quelconque, les y attendent et ils sont arrêtés pour terrorisme. Une heure après, le Ministre de l’Intérieur annonce solennellement sur toutes les ondes qu’il vient d’éviter à la Nation, grâce à l’action compétente et héroïque des forces de sécurité, un nouvel attentat terroriste, le dixième en quelques mois.

Ces deux salopards extrêmement dangereux, qui étaient à quelques milliers de doigts de commettre un carnage, sont bien évidemment français. Ils sont par ailleurs originaires d’un pays du sud de la Méditerranée et binationaux. Comment les punir le plus sévèrement possible ? A l’époque de Philippe le Bel, on les aurait écartelés et châtrés vifs publiquement pour l’exemple. Sous le président Pompidou, on les aurait discrètement guillotinés pour faire enrager Maître Badinter. Sous le Président Hollande, on a trouvé bien plus fort, bien plus terrifiant, la déchéance de nationalité. Bigre, il fallait y penser, c’est vrai que c’est vraiment effrayant !

Vous avez compris que j’étais contre la déchéance de nationalité qui est en discussion au Parlement. Je le suis pour au moins trois raisons. La première, largement partagée par tous les esprits sains, est qu’elle n’a aucun effet dissuasif sur des cinglés prêts à se faire exploser au milieu d’une foule. Les morts se fichent de leur nationalité, en enfer les derniers seront les premiers et inversement. La seconde est qu’elle tue tout sentiment d’appartenance à la communauté française chez quelques millions de binationaux, qui s’estiment traités comme des citoyens de seconde zone. Est-ce vraiment cela qu’on recherche ? N’y-a-t-il pas déjà suffisamment de fractures dans la société française pour s’en épargner une de plus ?

La troisième est plus lié à ma paranoïa profonde. Inscrire la déchéance de nationalité dans la constitution revient à l’inscrire dans le marbre, car il n’y aura plus jamais de majorité de deux tiers au Parlement pour l’abroger. Comment une telle disposition sera-t-elle utilisée dans le futur ? Je rappelle pour mémoire que les dernières déchéances de nationalité, qui concernaient les juifs d’Algérie, datent de Vichy. Veut-on réellement faire un tel cadeau constitutionnel à tous les extrémistes futurs ? En plus des bombes qui la menacent, la République a-t-elle réellement besoin de ce type de bombe à retardement ?

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